layout: chapitre type: chapitre numero: 4 titre: "La Poupée de Cire" permalink: "/c/la-servante-de-voldemort/4" histoire_link: "/c/la-servante-de-voldemort/"
L’hiver s’est abattu sur l’Écosse, noyant le château sous des mètres de neige et de silence. Dehors, le lac est gelé. Dans les cachots, mes camarades grelottent, s’emmitouflant dans leurs écharpes de laine verte et argent, le nez rouge et l’humeur massacrante.
Moi, je brûle.
Cela fait trois semaines. Vingt et une nuits que je sers d’autel, de cobaye et de déversoir à la magie de mon Maître.
Je me regarde dans le miroir piqué de taches de rouille du dortoir des filles. L’image qui me fait face m’est étrangère. Où est passée l’ombre maladive aux veines bleues apparentes ? La fille qui me regarde a la peau lisse, d’une pâleur de porcelaine, presque lumineuse. Mes yeux, autrefois ternes, brillent d’une fièvre artificielle, deux charbons ardents au milieu d’un visage de poupée.
Je ne tousse plus. Je ne boîte plus. La magie noire qui sature mon système agit comme une drogue de synthèse, colmatant les brèches de ma maladie, me tenant debout par la seule force de la volonté de Tom. Je suis une marionnette dont il tire les ficelles, et jamais je ne me suis sentie aussi libre.
Je lisse ma jupe, redresse le menton, et sors dans le couloir.
Sur mon passage, les élèves s’écartent. Ils sentent le changement. Ce n’est plus du dégoût qu’ils éprouvent, c’est une méfiance instinctive. Je dégage quelque chose de prédateur. Mon aura, autrefois grise et effacée, pulse désormais au rythme de celle de Tom. Je suis une extension de son ombre, et l’ombre fait peur.
À la sortie du cours de Potions, Walburga Black me barre la route. Elle est flanquée de Lestrange et d’Avery, ses gardes du corps habituels. Elle me toise, cherchant la faille, cherchant la maladie. Elle ne la trouve pas.
– Tu as bonne mine, Vesper, siffle-t-elle, ses yeux plissés de jalousie. Tu as trouvé un nouveau fond de teint pour cacher ta pourriture ? Ou est-ce que tu as dû sucer le sang d’une licorne pour tenir debout ?
Lestrange ricane bêtement.
Il y a un mois, j’aurais baissé les yeux. J’aurais demandé pardon d’exister. J’aurais fui. Aujourd’hui, je sens le rire de Tom vibrer au fond de ma gorge. Je sens sa présence, quelques mètres derrière moi, invisible mais pesant sur l’air comme une chape de plomb. Il écoute. Il attend de voir si son jouet a des griffes.
Je soutiens le regard de Walburga. Je fais un pas vers elle, envahissant son espace vital avec une insolence qui la fige.
– Ce n’est pas du sang de licorne, Walburga, dis-je d’une voix douce, presque compatissante. C’est du pouvoir. Le vrai. Celui que ton nom de famille ne pourra jamais t’acheter.
Walburga se raidit, choquée par l’audace.
– Comment oses-tu… Tu n’es rien ! Une traînée malade qui court après les préfets !
Elle lève la main pour me gifler. Le geste est rapide, aristocratique.
Mais je suis plus rapide.
Je n’ai pas besoin de sortir ma baguette. Je n’ai pas besoin de formule. L’instinct de protection que Tom a gravé en moi réagit seul. Je saisis son poignet en plein vol. Ma main est glaciale, dure comme du fer. Je serre.
Je serre jusqu’à sentir les os craquer sous mes doigts.
Walburga pousse un petit cri de douleur et de surprise. Elle essaie de se dégager, mais je suis inamovible. Je puise dans la force de Tom.
– Ne me touche pas, murmuré-je, mes yeux plongeant dans les siens. Si tu m’abîmes… il devra te briser. Et tu sais qu’il le fera.
Je vois la peur naître dans son regard. Elle regarde par-dessus mon épaule. Elle voit Tom, adossé au mur du fond, qui observe la scène en jouant distraitement avec sa baguette. Il ne dit rien. Il sourit. Un sourire infime, cruel, qui valide ma menace.
Walburga blêmit. Elle comprend. Je ne suis plus Vesper Nott, la malade. Je suis la propriété du Maître. Et on ne touche pas aux affaires du Maître.
Je relâche son poignet avec mépris. Elle recule, massant sa peau meurtrie où mes doigts ont laissé des marques bleues instantanées.
– Pauvre petite fille riche, soufflé-je en la contournant. Tu crois être une reine, mais tu n’es qu’une figurante.
Je m’éloigne dans le couloir, le bruit de mes talons claquant sur la pierre. Je n’ai jamais été aussi grande. Je n’ai jamais été aussi vivante.
Le soir venu, l’euphorie est retombée, laissant place à une faim vorace. Pas une faim de nourriture. Une faim de Lui.
La Salle Commune est étouffante. Le feu rugit dans l’âtre, mais c’est le froid de l’eau derrière les vitres qui domine. Tom tient sa cour dans son alcôve habituelle. Les "Chevaliers de Walpurgis" l’entourent, buvant ses paroles comme du vin de messe.
Je ne suis pas invitée dans le cercle. Je suis assise à quelques mètres, seule, un livre ouvert sur les genoux que je ne lis pas. Je suis en veille. J’attends.
Tom parle de pureté, de pouvoir, de l’avenir du monde sorcier. Soudain, d’un geste négligent, il fait glisser un lourd volume relié de cuir de l’accoudoir de son fauteuil. Le livre tombe au sol avec un bruit mat.
Clap.
La conversation s’arrête. Lestrange regarde le livre, puis Tom, hésitant. Avery esquisse un mouvement.
Dans ma tête, c’est comme un coup de fouet. Un crochet froid s’ante dans ma nuque. Je n’ai même pas besoin d’un ordre verbal. Je sais.
Je me lève. Je traverse l’espace qui nous sépare. Je m’agenouille aux pieds de Tom, souple et docile, et je ramasse le livre.
Des rires étouffés éclatent.
– Regardez ça, glousse Mulciber. Le petit chien fidèle.
– Elle est bien dressée, renchérit Lestrange. Dis-lui de donner la patte, Tom.
Je sens la pointe de la botte de Lestrange frôler ma côte. Une envie de meurtre me saisit, brève et violente. Je pourrais lui planter ma baguette dans l’œil avant qu’il n’ait le temps de cligner. Je viens d’humilier Walburga, je peux tuer Lestrange.
Mais je ne bouge pas. Je tends le livre à Tom, la tête basse, les yeux fixés sur ses mains pâles. Je suis son chien, oui. Et c’est un honneur.
– Silence, dit Tom.
Sa voix est calme, mais elle claque comme un coup de tonnerre. Les rires meurent instantanément dans les gorges. La température de la pièce semble chuter de dix degrés.
Tom prend le livre de mes mains. Ses doigts effleurent les miens. Une décharge électrique me traverse, me faisant frissonner de plaisir. Il ne me remercie pas. Il pose la pointe de sa baguette sous mon menton et me force à lever la tête.
– Vesper, dit-il doucement.
Tous les regards sont braqués sur moi. Walburga, au fond, masse son poignet, le visage fermé.
– Tu sais être discrète, n’est-ce pas ?
– Oui, Maître. Je suis votre ombre.
– Je crois que nous avons la personne toute désignée pour cette mission.
– Mais… Tom, intervient Avery, mal à l’aise. C’est Vesper. Elle est inutile. Elle va échouer.
Tom tourne lentement la tête vers lui. Ses yeux sont des abysses.
– J’ai vu ce dont elle est capable aujourd’hui, Avery. Elle a plus de cran dans son petit doigt malade que toi dans tout ton corps.
Avery blanchit et se tait. Mon cœur gonfle de fierté. Il m’a défendue. Il m’a reconnue.
Tom reporte son attention sur moi. Il sourit, de ce sourire qui ne promet que de la douleur.
– Il y a un livre, Vesper. Dans la Réserve de la Bibliothèque. Section des Artefacts Maudits. Il est dans une vitrine scellée, au fond à gauche. Le Codex de la Mort Blanche.
Un murmure d’horreur parcourt le groupe.
– Le Codex ? souffle Lestrange. C’est de la folie. Il est protégé par un sortilège de Gel Perpétuel. Quiconque le touche voit sa main se nécroser et tomber en poussière de glace en quelques secondes.
Tom m’observe, fasciné. Il attend ma réaction. Il sait.
– Rapporte-le-moi, Vesper. Maintenant.
– Oui, Maître.
Je me relève, lissant ma robe, et je sors de la salle commune sous les regards médusés et terrifiés de l’élite de Serpentard. Ils pensent que je marche vers ma mort. Ils ne savent pas que la mort et moi, nous sommes de vieilles amies.
La bibliothèque est un tombeau de silence. Je me glisse dans la Réserve, invisible grâce au sortilège de Désillusion que je maîtrise désormais à la perfection.
Je trouve la vitrine. Le livre est là. Il est blanc, relié dans une peau d’un blanc immaculé, presque aveuglant. Une brume glacée s’échappe de la vitrine, givrant le verre de l’intérieur.
Alohomora.
La serrure clique. J’ouvre la vitre. Le froid qui s’en échappe est si intense qu’il me brûle les cils. C’est un froid absolu, le froid du vide spatial.
Je n’hésite pas. Je tends la main et je saisis le livre.
La douleur est immédiate. Atroce.
C’est comme plonger la main dans de l’azote liquide. Je sens ma peau craquer, mes nerfs hurler. La malédiction du livre se rue sur ma vitalité, cherchant à geler mon sang, à arrêter mon cœur.
Mais mon sang est déjà gelé.
Ma Malédiction personnelle se réveille en rugissant. Elle accueille le froid du livre comme une mère accueille son enfant. Elle l’absorbe. Elle le boit.
Je serre les dents, un gémissement étranglé mourant dans ma gorge. Ma main devient bleue, puis noire. La douleur est si forte qu’elle en devient blanche, une extase d’agonie. Je chancelle, manquant de lâcher prise.
Pour Lui. Pour le Maître.
Je fourre le livre dans ma robe, contre ma poitrine. Le froid traverse le tissu, brûlant ma peau, menaçant d’arrêter mon cœur. Je me sens partir. Je me sens mourir.
Mais je marche. Un pas. Deux pas.
Je sors de la bibliothèque comme un automate, guidée par la seule force de mon obsession. Je ne sens plus mes jambes. Je ne sens plus que ce bloc de glace qui me dévore la poitrine.
Je ne retourne pas à la Salle Commune. Je vais directement au troisième étage. Salle des Trophées. Le mur s’ouvre. Il m’attendait.
Je rentre dans la Salle sur Demande, et je m’écroule aux pieds de Tom.
Je sors le livre de ma robe avec des doigts raides, noirs de gelure, et je le pose sur le sol devant lui.
Tom regarde le livre. Puis il regarde ma main nécrosée. Puis mon visage, tordu par la souffrance mais rayonnant de triomphe.
Il s’accroupit devant moi. Il ne touche pas le livre. Il prend ma main abîmée dans les siennes.
– Incroyable, murmure-t-il.
Il passe son pouce sur ma peau brûlée par le froid.
– N’importe qui d’autre aurait perdu son bras. Toi… tu as juste froid.
Il lève sa baguette et murmure une incantation complexe. Une chaleur douce envahit ma main, réparant les tissus, repoussant la nécrose. La douleur reflue, laissant place à une lassitude exquise.
Je lève les yeux vers lui, éperdue de gratitude.
– Je l’ai eu, Maître.
Tom me sourit. Un vrai sourire, cette fois. Prédateur, satisfait.
– Tu es un miracle, Vesper Nott. Tu es la clé que je cherchais.
Il se penche et dépose un baiser froid sur mon front.
– Repose-toi, murmure-t-il contre ma peau.
Il se redresse, mais ne s’éloigne pas. Son regard change. Il quitte l’objet pour se poser sur le sujet. Sur moi. L’avidité scientifique dans ses pupilles laisse place à une faim plus primitive, plus sombre.
– Tu as survécu à la glace, constate-t-il d’une voix rauque. Voyons maintenant si tu survis au feu.
D’un mouvement sec de sa baguette, il fait disparaître ma robe. Le tissu s’évapore en fumée noire, me laissant totalement nue sur le sol de pierre, mes vêtements volatilisés. Je me fige, exposée, grelottante non plus de froid, mais d’une anticipation qui me tord le bas-ventre.
Il ne se déshabille pas. Il reste debout, drapé dans son uniforme impeccable, sa cravate verte et argent parfaitement nouée. Il me toise. C’est une inspection de bétail. Son regard parcourt mes seins pâles dont les pointes durcissent sous son attention, mon ventre plat, mes cuisses que je garde pudiquement serrées par réflexe.
– Écarte-les, ordonne-t-il.
Je m’exécute, mes muscles tremblants obéissant à sa voix avant même que mon cerveau ne traite l’ordre. J’ouvre mes jambes, m’offrant à sa vue sans aucune protection.
– Parfaite, murmure-t-il. Un écrin vide qui n’attend que d’être rempli.
Il s’approche. Il me soulève sans effort, ses mains enserrant ma taille avec une fermeté qui laisse déjà des marques rouges sur ma peau blanche. Il me dépose sur l’autel de pierre noire. La surface est dure, impitoyable sous mon dos, glaciale contre mes fesses, mais je m’en moque.
Il se place entre mes cuisses. Je sens la chaleur qui irradie de lui, une fournaise contenue sous la laine et le coton. Il déboucle sa ceinture. Le bruit du cuir et du métal résonne comme un coup de feu dans le silence de la crypte. Il baisse sa braguette, libérant son érection.
Je le regarde, fascinée. Il est dur, imposant, veiné de puissance. Une arme de chair destinée à me fendre.
– Tu m’as rapporté la mort, Vesper, chuchote-t-il en attrapant mes chevilles pour les poser sur ses épaules, m’ouvrant plus grand encore, m’exposant jusqu’à l’indécence. Je vais te donner de la vie en retour.
Il n’y a pas de préliminaires. Pas de caresses pour préparer le passage. Il n’en a pas besoin ; je suis déjà humide de peur et de désir mêlés, mon corps traître réagissant à sa seule proximité.
Il crache dans sa main, un geste vulgaire, brut, qui contraste violemment avec sa noblesse apparente, et lubrifie son membre d’un geste sec. Puis, il s’enfonce en moi.
D’un coup. Jusqu’à la garde.
Je crie.
La douleur est vive, déchirante. Je me sens écartelée, trop pleine, envahie. C’est une intrusion violente, une colonisation de mon intimité. Mais au moment où la douleur atteint son paroxysme, elle se mue. La magie noire de Tom, canalisée par le contact charnel, se déverse en moi.
Le froid qui m’habite est chassé par une vague de lave liquide.
Il commence à bouger. Ce ne sont pas des mouvements d’amour. Ce sont des coups de butoir. Il me prend avec une cadence militaire, impitoyable. Je suis secouée contre la pierre, ma tête cognant rythmiquement contre l’autel.
Clac. Clac. Clac.
Le bruit obscène de sa peau claquant contre la mienne, le son mouillé des fluides qui se mélangent, mes gémissements étouffés… tout se mélange dans une symphonie de débauche.
Je m’accroche à ses épaules, mes ongles s’enfonçant dans le tissu de sa chemise blanche, la seule chose immaculée qui reste dans cette scène. Il ne ferme pas les yeux. Il me regarde. Il scrute mon visage tordu par l’extase, il boit ma soumission.
– Dis-le, grogne-t-il, sa voix rauque vibrant contre mon oreille alors qu’il accélère, me pilonnant sans pitié. Dis à qui tu appartiens.
– À toi… je suis à toi…
Il me gifle. Un coup sec, humiliant, qui fait tourner ma tête.
– Le titre, Vesper !
– Maître ! Je suis au Maître ! hurle-je, perdant tout contrôle.
Mes murs intérieurs se contractent autour de lui, massant sa verge, cherchant à le traire de sa magie. Je sens la pression monter, insoutenable. Mon corps, privé de contact et de vie depuis si longtemps, s’embrase.
– Regarde-moi, ordonne-t-il, haletant, son visage à quelques centimètres du mien, ses pupilles dilatées mangeant l’iris. Regarde qui te maintient en vie.
Je le regarde. Je vois un dieu cruel, un démon magnifique.
Il lâche mes jambes et attrape mes hanches, ses doigts s’enfonçant dans ma chair comme des griffes, me maintenant en place pour recevoir son offrande. Il donne un dernier coup de reins, brutal, profond, touchant le fond de mon utérus.
L’orgasme me frappe avec la violence d’un Doloris inversé. Mon dos se cambre, quittant la pierre, mon corps entier convulse autour de son sexe. Au même moment, je le sens se tendre. Il se déverse en moi.
Je sens sa semence chaude, brûlante, inonder mes entrailles, chargée d’une magie lourde et sombre. C’est comme avaler du soleil liquide. Je bois sa vie. Je bois son âme.
Il reste en moi quelques secondes, le souffle court, pesant de tout son poids sur mon corps brisé et renaissant. Puis, sans un mot tendre, sans un baiser, il se retire.
Le vide qu’il laisse est béant, froid. Je sens ses fluides couler le long de mes cuisses, mélange poisseux de sa puissance et de ma soumission.
Tom se rhabille avec une élégance clinique. Il remonte son pantalon, reboucle sa ceinture, lisse sa chemise à peine froissée. Il reprend instantanément son masque d’indifférence, comme si ce qui venait de se passer n’était qu’une transaction.
Il passe une main dans ses cheveux noirs, me jette un dernier regard — un mélange de satisfaction propriétaire et de mépris amusé pour la chose tremblante et nue sur l’autel.
– Le Codex contient des rituels que je brûle de tester sur toi, dit-il calmement, comme si nous venions de partager une tasse de thé. Rhabille-toi, Vesper. Nous avons du travail. La nuit ne fait que commencer.
