Chapitre 1 sur 3

Nous n’aurions pas dû faire ça et pourtant…

≈ 8 min

Vous vous demandez pourquoi ma sœur Emma me jette ce regard étrange pendant le repas de famille bien arrosé ? Il faut que je vous raconte tout depuis le début.

Moi, c’est Max, 19 ans, le nerd à lunettes un peu trop enrobé de la famille. Mes parents ont toujours eu du mal à me cerner : je ne suis pas bête, mais j’ai toujours fait le strict minimum dans tous les domaines. Accro aux jeux vidéo depuis que je suis jeune, j’ai construit ma bulle de calme et d’immaturité autour de ces univers imaginaires. J’ai ainsi fui les brimades à l’école, les résultats scolaires aléatoires et la déception de mes parents. Je ne suis pas loin de finir ma première année en école d’informatique, avec une motivation toute relative. Mon père me répète que, si je ne me bouge pas, je deviendrai alcoolique et obèse dans mon canapé de chômeur, tandis que ma mère tente de ne pas perdre espoir : on finit tous par mûrir un jour. Je ne sais pas qui gagnera son pari.

Pour ma sœur Emma, tout est très différent. C’est la lumière de la famille. Elle a tout pour elle : c’est une très jolie fille de trois ans mon aînée, besogneuse, qui poursuit ses études de médecine avec son zèle caractéristique. Sur le papier, elle est parfaite : bienveillante, drôle, pétillante, dévouée aux causes trop souvent perdues. Mais tous ces traits de caractère lui portent la poisse, surtout en amour. Nous nous sommes habitués à la voir rentrer, le maquillage coulant sur ses joues, lorsqu’elle largue cet énième connard qui ne la mérite pas. Un vrai cœur d’artichaut, cette Emma ! Je la vois, au fil des mois, s’éteindre derrière ses livres de cours encore plus barbants que les miens.

Mon adolescence passée avec elle me manque. Entre Emma et moi, il y avait autrefois une belle relation complice. Après l’enfance où un garçon et une fille sont comme l’huile et l’eau, l’adolescence nous a permis de construire notre petit univers à nous. Dans le grenier de mes grands-parents, nous avions trouvé une Nintendo 64 avec le jeu GoldenEye. Comme deux archéologues aventuriers, nous avions décidé de brancher cette relique sur la télé du salon. Nous étions tout excités de voir le jeu se lancer. Nous avions vite appris à aimer nous tirer dessus, à jouer encore et encore à la campagne principale, nous disputant la manette pour essayer de finir les missions en un temps toujours plus court. Cette période, qui s’est étirée sur plusieurs grandes vacances, a été la plus belle de ma vie. Je crois que, pour Emma, ce fut un temps qui lui permit de sortir de son idéal de fille parfaitement sage. De temps en temps encore, dans les couloirs, lorsque je croise ma sœur, nous faisons ce geste d’attaque au corps à corps ridicule tiré du jeu, avec l’avant-bras rigide comme une machette, avant que l’un de nous ne se décide à faire le bruit de mort le plus ridicule possible.

Revenons quelques mois avant ce repas de famille. Emma est plongée dans ses études, régulièrement déstabilisée par ses histoires de cœur que j’ai du mal à suivre. Et moi, eh bien, je suis toujours le même, absorbé par les jeux en ligne, mes canettes de Red Bull exposées sur la petite table où je pose mes jambes paresseuses. De temps en temps, Emma vient frapper à la porte. Elle s’assoit sur mon petit canapé, poussant d’un air un peu contrarié les paquets de chips et autres snacks cancérigènes dans une poubelle, avant d’étaler ses jambes de danseuse à côté des miennes. Dans ses yeux, il y a toujours ce petit plaisir coupable. Sa chambre est le royaume de l’ordre et de la propreté, la mienne est la source du chaos dans l’univers. Je crois que, lorsqu’elle vient me tenir compagnie entre deux marathons de révisions, elle se complaît à faire un doigt d’honneur au monde exigeant qui attend trop d’elle. Je lui propose régulièrement la manette, mais elle la refuse toujours. Elle préfère me regarder jouer. Parfois, elle me parle d’elle, de sa vie, de son stress, de ses cours à la fac. Mais souvent, elle ne dit rien. Je l’écoute quand elle me parle, même si je ne sais pas quoi lui répondre. Quand elle ne dit rien, je joue sans rien dire, observant parfois son visage perdu dans mon univers virtuel où il n’y a personne à sauver, mais tout à détruire. Avant de refermer la porte pour retourner dans sa dimension, elle prononce cette phrase rituelle : « Merci, Max. » Je crois que je lui apporte l’écoute neutre et légère dont elle a besoin.

C’est un grand vacarme venant de la chambre d’Emma qui marque le début de mon histoire. Nous nous précipitons tous pour découvrir que le plafond s’est écroulé et que des trombes d’eau réduisent à néant ce qu’il reste du royaume de l’ordre et de la propreté. Par miracle, Emma apparaît derrière nous, revenant des toilettes, peinant à réaliser que sa pause pipi vient de lui sauver la vie. Bientôt, l’expert conclut à un dégât des eaux important, rendant la pièce inutilisable pendant des mois, au moins. La solution la plus simple est choisie pour remédier au statut de sans-chambre-fixe d’Emma : elle dormira avec moi. Ma sœur accueille la nouvelle avec une pointe de scepticisme, mais elle ne conteste rien. Après tout, il n’y a aucune autre solution, si ce n’est dormir sur le canapé inconfortable du salon pendant des mois. Je crois qu’elle sait que nous pouvons trouver un équilibre dans la Force, entre l’ordre et le chaos. Nous participons tous au déménagement sommaire de ses affaires ayant survécu au cataclysme. Ma mère se lance dans une croisade pour exterminer la moindre poussière de ma chambre, sous les discours accusatoires de mon père blâmant mon manque de savoir-vivre, tandis qu’Emma retient ses larmes. Ma mère, sentant la crise arriver, la prend dans ses bras et je disparais dans la petite salle de bain privée adjacente à ma chambre pour faire de la place à ma nouvelle colocataire.

Les premières nuits, nous nous habituons difficilement à la cohabitation sous la couette : deux personnes ayant l’habitude de dormir seules ont naturellement du mal à respecter le partage de l’espace. Heureusement, un traité diplomatique acte le partage de la salle de bain. Puis un casque antibruit permet à ma sœur d’étudier en paix dans un coin de la pièce pendant que je tire sur des aliens de l’autre. Petit à petit, nous nous faisons à cette cohabitation plus paisible qu’espéré. Nous sommes conscients que nous devons tous deux faire des efforts.

Mais il reste un problème. Un gros problème, dont je ne suis pas fier. Depuis quelques années déjà, je me suis habitué à mater du porno avant de dormir sur mon téléphone portable. Le jingle de PornHub ponctue autant mes nuits que le « Fais de beaux rêves » de ma mère. Devenue une addiction, cette recherche de pics de plaisir m’aide à m’endormir et surtout à ne pas déprimer de ma situation. Voilà que plus d’une semaine passe et que je n’ai pas pu satisfaire réellement mes besoins de plus en plus pressants. Il y a bien la douche, mais l’étroitesse de la salle de bain rendrait tout bruit suspect immédiatement repérable dans la chambre à côté. Les autres toilettes sont une solution, mais y rester trop longtemps rendrait les choses trop suspectes aux yeux de mes parents. Parfois, je me satisfais à la vitesse d’un prépubère, mais cela ne me confère aucune satisfaction, au mieux une accalmie jusqu’au lendemain. La sexualité n’est pas un sujet habituel dans la famille. Les rares fois où j’en ai parlé avec Emma, c’était de manière très pudique, en mentionnant que j’avais passé le cap en colonie de vacances avec une fille. Elle n’avait pas cherché à en savoir plus.

Je me couche alors en essayant de placer mes genoux entre elle et moi, afin de préserver son corps de l’horrible vérité : mon érection a du mal à disparaître avant que je ne tombe de sommeil. Le démon de la luxure me torture en alimentant mes fantasmes pendant des heures. Comme un masochiste aimant souffrir, je regarde dans un silence total des films X sur mon téléphone quand je sens qu’elle dort à poings fermés. Je me demande comment Emma gère ses propres envies, qu’elle ne peut pas satisfaire non plus en ma présence.

Cette nuit, mon dos transpirant peine à se refroidir. Des rêves érotiques se succèdent, ne me laissant aucun répit. Je me dandine dans tous les sens en espérant un peu de calme mental, mais les heures défilent, le réel se confondant avec mes rêves. Mourant d’ennui dans mon insomnie, alors que la lumière de la Lune perce les rideaux, mon esprit de junkie est happé par la peau luisante de celle qui partage mon lit. Je commence à regarder le corps de ma sœur. Son dos dénudé par son petit haut à bretelles, sans soutien-gorge, sa petite culotte des plus innocentes. Ses fesses blanches dévoilées par la couette mal disposée. Ses cuisses musclées. Son cou allongé. Ses cheveux noisette dont les effluves appellent parfois mon nez. J’aime tant son odeur, son parfum. Ma conscience et ma vigilance anesthésiées par le manque de sommeil, je m’approche d’elle. À cet instant, ce n’est plus ma sœur, mais la plus belle fille que je connaisse. Là, tout près de moi. Il suffit de quelques centimètres pour que je sois contre elle. Que je puisse sentir la douceur et la chaleur de sa peau. Pour que, de ses fesses ou du creux de ses reins, elle puisse sentir ma honte pointant dans mon boxer, perçant à jour mes pensées taboues. L’exercice de volonté dure une bonne heure au moins. Cette pulsion sournoise répète ses assauts. Elle se tourne innocemment pour continuer de dormir sur le dos, légèrement inclinée vers moi, son décolleté bien trop plongeant se dévoilant sous mon regard interdit. Une invitation trop irrésistible. Je finis par céder. Je franchis LA limite.

Je me colle contre elle, mon boxer baissé, prêt à être remonté en urgence. Mon érection nue se pose contre le haut de sa cuisse. Elle réagit un peu à ce contact, toujours endormie. Sa main posée jusque-là sur son ventre chute progressivement vers mon bas-ventre. Elle sursaute un peu, comme si elle devinait ce qu’elle est en train de toucher. Ses doigts fins entrent en contact avec mon érection. Juste une légère pression innocente sur mon sexe, ce qui suffit à faire battre mon cœur comme jamais. Je ne bouge pas, de peur d’abréger cet interdit délicieux, surveillant son visage tourné vers moi, les yeux clos. Sans connaître le contenu de ses rêves, je tressaille de plaisir quand elle bouge légèrement ses doigts le long de mon pénis, me caressant entre la conscience et le somnambulisme. En a-t-elle conscience ? Imagine-t-elle quelque chose avec un autre ? J’ai les entrailles dévorées par deux loups, celui de la honte et celui de la luxure.

Sa main ne bouge pas de mon sexe jusqu’au matin.

Et ainsi commence notre rapprochement.

Nous n’aurions pas dû faire ça et pourtant…

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