Chapitre 1 sur 1

Les Sorcières

≈ 14 min

Ce soir, c’était le grand soir. Elle avait attendu ce moment si longtemps qu’elle se sentit flotter toute la journée. Sérona allait enfin devenir ce qu’elle avait toujours voulu être.

Une sorcière.

Certaines pseudo-sorcières se pavanaient sur Instagram avec des maquillages alambiqués, un style vestimentaire surfait en collectionnant principalement des pierres colorées, mais Sérona savait que le groupe très discret qu’elle s’apprêtait à rejoindre officiellement ne faisait pas dans le théâtral.

Elle avait demandé à rejoindre ce Coven - un groupe initiatique de sorcellerie - qui la mit à l’épreuve pendant de longs mois afin de juger de sa fiabilité.

La jeune femme n’avait rencontré que deux de ses membres. L’une avait son âge : Elya, une grande blonde aux yeux bleus espiègles et au fort caractère, initiée depuis deux ans, avec qui elle s’entendait particulièrement bien. Et pour qui elle avait d’ailleurs une attirance secrète. L’autre était une femme bien plus mature - la quarantaine peut-être - aux cheveux noirs jais et aux traits durs, sévère, peu encline à l’étalage sentimental, qui ne la mettait pas toujours à l’aise. C’était la Grande Prêtresse du Coven. Léonore.

Le Corvus Ara Pan était dédié au culte de Pan, le dieu grec de la Nature, de la chasse, mais aussi des plaisirs sexuels. Ce dernier sujet avait été peu abordé par ses futures sœurs. Les aspirantes en savaient le moins possible jusqu’au grand soir.

Sérona s’était faite belle, portant une belle robe noire, des bottines élégantes, pour se présenter sous son meilleur jour. Prenant sa petite Clio d’étudiante fauchée, elle se rendit au point de rendez-vous, à l’orée d’une forêt à plus d’une heure de route. Son GPS avait eu grand mal à trouver une route vers ce lieu visiblement très reculé. Le Coven avait le goût du mystère et cela ne l’étonna guère…

La voiture peina à s’enfoncer sur un chemin de terre, tandis que la forêt environnante, sombre et sauvage, semblait l’avaler au même rythme que le soleil. Sérona ne put s’empêcher de ressentir de l’appréhension : elle n’avait eu aucun détail sur la cérémonie et même Elya, de nature si bavarde, s’était murée dans le silence lorsqu’elle la questionnait à ce sujet.

Le secret était sacré chez les sorcières.

Elya apparut au loin, à l’orée d’une clairière. Le visage étrangement fermé, droite comme un i. Habillée plutôt sommairement, au grand étonnement de Sérona. Elle se gara un peu plus loin et vint la saluer.

- « Salut Elya, je suis enfin arrivée ! Tu es sûre que ça va ? »
- « Bonsoir Sérona, suis-moi. » répondit la viking, assez formellement.
La prenant par la main, Elya tira son amie dans les bois et ne dit pas un mot de plus sur le court trajet qui les séparait d’un édifice très ancien constitué de dolmens. Un long escalier en pierre menait à un souterrain et Elya saisit une torche prévue à cet effet pour entraîner l’aspirante.

Après quelques marches, elle arriva dans une sorte de cour intérieure cerclée de torches anciennes projetant une douce lumière sur les pierres millénaires couvertes de mousse. Une grande pierre circulaire faisait office d’autel, tandis que douze pierres plates et allongées ressemblaient à des petits lits sans doute très inconfortables. Celles-ci étaient disposées de sorte à former ce que Sérona devina comme un modèle ancien d’horloge ou de cadran solaire.

Léonore était placée au centre, habillée dans une longue tenue cérémonielle. Elya plaça Sérona à six heures, tandis qu’elle se plaça à ses côtés à la pierre précédente, la 5e.

Sérona remarqua qu’elles n’étaient plus seulement trois. Dix autres femmes étaient disposées comme elle, chacune à sa place. Malgré l’obscurité, elle put distinguer leurs visages à demi recouverts d’un capuchon. Il y avait des femmes jeunes et d’autres beaucoup moins jeunes. Toutes avaient un physique très différent mais un même air très solennel, empreint d’une certaine piété.

Les sœurs attendirent dans un silence presque total, alors que Léonore fixait le plafond dans une oraison appliquée. Bientôt, la Lune projeta sa lumière dans la pièce via l’entrée du sanctuaire. Sérona fut soufflée par une telle beauté.

- « Mes sœurs, rassemblons-nous où tout a commencé. » appela solennellement la grande prêtresse.

Les douze femmes avancèrent vers Léonore, marchant sans dévier de leur position horaire. Elya fit un signe de la tête à Sérona pour l’inviter à faire de même. La grande prêtresse posa un regard maternel sur chacune, y compris sur la nouvelle aspirante, avant de se tourner face à la femme à douze heures, visiblement assez âgée.

- « Nous sommes ici pour accueillir dans notre sororité l’aspirante Sérona et accomplir le Grand Rite pour notre sœur Eliane. »

Après avoir fixé Eliane qui s’était inclinée devant la maîtresse de cérémonie, Léonore se retourna vers Sérona, lui parlant d’une voix empreinte d’autorité.

- « Aspirante Sérona, tu as passé avec succès les épreuves et les dieux ont accepté que tu sois initiée à leurs secrets. Comme chaque sœur ici présente, tu prêteras le serment sacré en jurant de ne jamais en dire un seul mot, sans quoi ton sort serait pire que la mort. »

Un long frisson d’angoisse parcourut l’échine de l’aspirante.

- « En prêtant serment, tu deviendras notre sœur. Tu verseras ton sang pour nous, comme nous verserons notre sang pour toi. Tu bénéficieras de l’honneur et de la protection de Pan, notre Seigneur, ainsi que des autres dieux anciens, loués soient-ils. »

Et toutes reprirent en chœur d’une seule voix.

- « Loué soit Pan, loués soient les dieux. »

Léonore sembla plonger encore plus ses yeux sévères dans ceux de Sérona. Elle manqua de tressaillir mais ne baissa pas les yeux.

- « Es-tu prête à prêter serment, aspirante ? »

- « Oui, je le suis. » répondit un peu timidement Sérona.

- « Ainsi soit-il. » conclut la grande prêtresse.

Elle retira alors ses vêtements et toutes les femmes ici présentes en firent de même. Sous le regard insistant de la grande prêtresse et d’Elya, Sérona s’exécuta, avec une certaine pudeur. Toutes nues, elles avancèrent d’un pas sur l’autel central, formant un cercle parfait. Un signe au sol attira le regard de Sérona, alors que les membres offrirent leurs bras nus à leur voisine.

La grande prêtresse sortit d’un petit sac une lame courte et commençant dans le sens des aiguilles d’une montre, fit une entaille au bras de chacune. Sérona eut comme un petit mouvement de recul instinctif, mais ses voisines la tenaient fermement et l’empêchèrent de bouger. Elle crispa ses yeux alors qu’elle sentit la lame tailler sa peau et son sang couler.

Elle sursauta au contact du bras ensanglanté d’Elya se collant au sien, sang contre sang. Sa voisine de droite en fit de même. Une étrange sensation commença à parcourir son corps, elle espéra ne pas défaillir en ouvrant les yeux.

La grande prêtresse apparut alors avec un grand calice doré où par la chaîne du sang elle fit couler son propre fluide vital dans un liquide rouge semblable à du vin. Elle murmura des invocations dans une langue que Sérona ne comprit pas. Mais elle sentait par contre qu’à chaque mot, elle frissonnait un peu plus.

Elle sentait l’énergie vibrer autour d’elle…

Après une longue litanie, la grande prêtresse termina par cette simple phrase.

- « Ainsi soit-il. »

Et à la toute fin de la dernière syllabe, les torches disposées en cercle dans la salle s’enflammèrent vivement… comme par magie. Sérona était subjuguée par ce spectacle. Une fumée commença à s’élever du sol, aussi épaisse qu’un brouillard… sentant très fort l’encens. Un encens très masculin, musqué, entêtant. Puissant.

Sérona tendit sa coupe à Eliane et cette dernière en but une gorgée. Puis, le calice circula entre toutes les sœurs, jusqu’à arriver à la nouvelle sœur. Dans un murmure, Elya lui indiqua :

- « Ne bois qu’une seule gorgée… »

Le breuvage avait le goût du vin chaud, mais en plus acide. Sérona suivit le conseil et n’avala qu’une fois. Le calice continua sa course et les sœurs retournèrent à leurs positions initiales, s’allongeant sur leurs lits de pierre.

Sérona regarda la Lune et ses pensées se brouillèrent avant de disparaître complètement, laissant place à une vacuité totale. Une certaine euphorie et une joie immense commencèrent à l’envahir.

Puis… elle aperçut le visage d’Elya. Elle s’était levée pour la rejoindre. Sérona plongea son regard dans les magnifiques yeux bleus de sa nouvelle sœur. Elle ressentit immédiatement du désir pour elle et ses bras se levèrent pour l’accueillir contre elle alors que la belle nordique vint embrasser ses lèvres. Elle trembla d’excitation en sentant son corps chaud contre elle, se lovant entre ses cuisses. Elya était encore plus splendide dans sa tenue d’Ève.

Sérona caressa la peau douce de son dos, longeant sa colonne vertébrale. Les mains d’Elya saisirent ses seins et les massèrent avec passion, alors qu’elle plongea son visage dans son cou pour faire glisser une langue envieuse et coquine tout le long de sa nuque. Sérona caressa ses fesses et l’arrière de ses cuisses. Elya commença à onduler jusqu’a ce que leurs sexes puissent se caresser. Elles frissonnaient toutes deux de sentir l’excitation humide de l’autre…

Elya suça amoureusement les tétons de Sérona qui passa une main dans ses cheveux. Et bientôt la nordique alla chercher le contact de ses lèvres avec les lèvres humides de sa partenaire au creux de ses cuisses. Elle dégusta sa cyprine dans de grands et lents mouvements de langue, non sans jeter des regards pleins d’affection et d’envie à Sérona qui gémissait. Elle remarqua alors que toutes les sœurs autour d’elles s’offraient l’une à l’autre pareillement…

Les rôles s’inversèrent alors que le frisson de sa jouissance parcourut son échine. Mettant sa belle blonde à quatre pattes elle eut alors tout le loisir de la lécher copieusement sans restreindre les mouvements de sa langue, glissant même sur l’entrée de ses fesses. Elle y glissa d’ailleurs son pouce alors qu’elle continua de faire rouler son clitoris. Deux autres de ses doigts entrèrent en elle, laissant juste assez d’espace pour que sa langue continue son office.

Les fesses d’Elya balançaient de manière hypnotique d’avant en arrière, cherchant à sentir encore plus ces doigts fins et élancés tout au fond d’elle. Se laissant aller au plaisir, elle profita de l’étincelle de son euphorie orgiaque pour se glisser en ciseaux contre sa partenaire.

Et alors qu’elles goûtaient aux lèvres aromatisées l’une de l’autre, leurs vulves et leurs boutons rouges se frottaient frénétiquement dans un concert de gémissements généraux.  Les caresses ne cessaient jamais d’accroître encore la complicité qu’elle ressentait sous l’effet du breuvage, à moins que cela ne soit que la concrétisation d’un désir plus ancien…

La fumée de l’encens enveloppa progressivement la pièce plongée dans une chaleur palpable malgré la fraîcheur de l’automne. Une douce mélopée emplit les lieux, aux accents d’instruments à vent, montant crescendo comme si elle venait de partout et nulle part à la fois. Sérona finit par identifier le son d’une flûte de Pan, jouant tout d’abord des airs magnifiques… mais à mesure que le son montait de l’autel, les accords devinrent disharmoniques et une peur insondable s’insinua dans le cœur de Sérona. Elle sentit par ailleurs qu’Elya n’était pas totalement rassurée non plus.

Les volutes de fumée laissèrent progressivement apparaître une grande forme au centre de l’autel. Une silhouette vaguement humaine, aux proportions anormalement surnaturelles. Et dans cette mélopée inquiétante, deux bruits de sabots claquèrent sur le sol de pierre. CLOC. CLAC.

Il était là.

Il ne prononça pas un mot. Sérona sentit le poids de son regard sur elle et elle fut tétanisée par sa présence à la fois charismatique et abominable. Cette créature venue d’un autre monde était apparue ici à leur invitation…

Il se dirigea à douze heures, vers Eliane. CLAC. CLOC. Et là, alors que l’orgie avait cessé, on entendit émerger de la brume des gémissements de plaisir intense. Les bruits de sabots parfois résonnaient selon la position que devait prendre cette chose. Sérona ne voyait rien, mais il était aisé d’imaginer la scène. La créature saillait sa servante, visiblement avec une vigueur surhumaine. On pouvait presque entendre les coups de reins ponctuer l’horloge sinistre du rituel.

Aucune des sœurs n’osa prononcer un mot. Ils auraient été bien insuffisants pour décrire la scène. Le vin de Pan faisait toujours son effet, plongeant celles qui y avaient porté les lèvres dans une transe désinhibée.

Un cri de jouissance féminin résonna. Sérona n’avait jamais entendu ça. On aurait dit que cet orgasme contenait toute la frustration d’une vie. La fin des souffrances. Un immense soulagement. Celle d’une femme âgée ayant vécu le bon et surtout le mauvais. Enfin libérée.

Vint un silence de plomb, brutal. Il s’installa totalement quand la voix d’Eliane s’éteignit et ne fut plus entendue dès lors. Aucun bruit ne s’éleva pendant de longues secondes. Les sœurs étaient tétanisées tant par la scène que sa présence. Toutes fixaient à douze heures, dans la pâleur lunaire, le spectacle masqué qui se jouait.

Un bruit humide résonna. Quelque chose que l’on tirait, non que l’on arrachait. Un bruit de mastication, lent, appliqué. Le corps de Sérona trembla lorsqu’elle comprit ce qui se passait dans la brume, là où se trouvait Eliane.

Il la dévorait.

Aucun cri de souffrance, ni aucune plainte n’indiqua si la malheureuse était encore vivante ou non. À moins que sa douleur ne soit pas assez audible pour couvrir les bruits de mâchoires.

De longues et angoissantes minutes passèrent. CLAC. CLOC. Les sabots se firent de nouveau entendre. La chose approchait, quittant le nord pour se diriger vers le sud. Droit vers Sérona.

Son esprit lui aurait normalement intimé de fuir à toutes jambes, mais la scène était totalement irréaliste et la sensation d’euphorie était si présente que son corps ne réagit pas.

Bientôt, une silhouette émergea près d’elle, lentement. Elle s’attendit à voir une créature immonde sortie tout droit d’un livre de Lovecraft. Mais il n’en fut rien.

Le plus bel homme qu’elle ait jamais vu se tenait droit devant elle, dégustant de deux de ses doigts le sang qui était resté sur ses lèvres. Tout le corps de Sérona fut pris d’un spasme érotique incontrôlable. Sa main se glissa entre ses cuisses et elle se caressa devant lui. Sa raison avait disparu.

Elle pouvait voir son torse musclé, ses bras vigoureux, ses épaules puissantes. Ses yeux indescriptibles la transperçaient de son charisme inhumain. Elle le désirait.

Seule la vue du bas du corps de l’homme, aux sabots disgracieux et au sexe gigantesque, aurait pu ternir quelque peu l’image de parfait Adam du dieu.

CLOC. CLAC. Il avança vers elle et s’allongea de tout son poids sur son corps frêle. Elle était comme une brindille face à un typhon d’érotisme.

Il sentit son sexe entrer en elle. Le mot dur serait bien faible pour décrire à quel point elle n’avait rien connu de pareil. Il s’insinua jusqu’au fond, dans un lent mouvement puissant et irrésistible. Les sensations étaient indescriptibles : elle sentait ce sexe brûlant envahir totalement son être. Il ne pénétrait pas seulement son corps, mais aussi son âme.

De puissants coups de reins lui arrachèrent un cri de plaisir. Il plaça sa main sur sa gorge et au creux de ses reins. Elle s’offrait totalement à lui. Sa vigueur n’avait pas de pareille. Elle était trempée et se frottait nerveusement contre cette verge comme pour l’avaler en elle pour toujours. Elle voulait qu’il la déchire, qu’il lui fasse presque mal, comme si le sang pouvait l’exciter encore plus. Mais jamais la douleur ne l’oppressa : il n’y avait qu’un plaisir, presque malsain, qui pulsait dans ses veines.

Elle sentit son souffle puissant, comme celui d’un taureau, faire frissonner tout son cou. Il murmura quelques mots dans une langue étrange qu’elle accueillit d’un long gémissement de plaisir. Leurs sens ne faisaient aucun doute…

- « Tu es à moi… »

Un temps inestimable passa. Une heure. Dix heures. Elle n’en savait rien. Sérona était comme dans une autre dimension où le temps et l’espace échappaient à la compréhension humaine. Elle ne se lassait pas de le sentir la prendre sauvagement. Elle ne comptait plus le nombre de fois qu’elle avait joui et crié de tout son soûl.

Elle était à bout de souffle. C’était comme s’il la vidait de son énergie vitale et qu’à chaque fois qu’il lui accordait la jouissance, il lui en rendait tout juste assez pour une nouvelle ruée vers un autre orgasme encore plus fort.

Cette éternité de plaisir prit fin quand elle le supplia de jouir en elle. Ce désir la subjuguait. Elle voulait le sentir souiller son corps de sa semence divine. Elle aurait aimé qu’il reste en elle, pour toujours. Mais les forces commençaient à lui manquer…

Dans une miséricorde et un amour presque filial, le dieu exauça son souhait. Dans un rugissement mi-humain mi-animal, il lécha le cou de sa promise et dans de très puissants coups de reins se déversa en elle. De puissants jets chauds la remplirent sans que son corps si frêle ne puisse tout contenir. Elle se sentait inondée par sa bénédiction impie.  Le sperme coulait par vagues en dehors d’elle, trempant ses cuisses, ses fesses. Elle serra la créature contre elle comme pour le retenir.

Un esprit aussi rationnel qu’il puisse être à cet instant aurait craint qu’il ne la dévore une fois son désir assouvi. Mais Sérona sentait son cœur battre avec lui d’un amour spirituel puissant. Et elle sut alors qu’il ne lui ferait rien. Et qu’il serait là pour la protéger. Jusqu’à la fin… où il la ferait vivre en lui… à jamais.

CLAC. CLOC.

Après la lecture

Votre impression

Une note rapide ou quelques mots, sans créer de compte.

Avertissement

Ce site est réservé aux adultes.

Il contient des histoires érotiques destinées à un public majeur. Le site ne contient aucune image ou publicité pornographique.

Quitter