Chapitre 7 sur 7

Épilogue — La Reine des Eaux Dormantes

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layout: chapitre type: chapitre numero: 7 titre: "Épilogue — La Reine des Eaux Dormantes" permalink: "/c/la-servante-de-voldemort/7" histoire_link: "/c/la-servante-de-voldemort/"

Le vert n’est pas une couleur. C’est une clé. La même couleur que l’eau qui pressait contre les vitres de mon enfance. La boucle est bouclée.

Quand le sortilège me frappe, je ne sens pas la mort. Je ne sens pas la déchirure de l’âme ou l’arrêt brutal du cœur. Je sens une libération. Comme un corset trop serré que l’on délace enfin après une journée interminable.

Mon corps, ce fardeau de chair malade, de sang vicié et d’os fragiles, cesse de peser. La douleur, ma compagne fidèle depuis ma naissance, se tait. Instantanément. Le silence qu’elle laisse derrière elle est le son le plus pur que j’aie jamais entendu.

Je tombe.

Je bascule en arrière, quittant la roche dure de l’îlot pour l’étreinte de l’eau.

L’impact n’est pas un choc. L’eau noire me reçoit comme on reçoit une perle rare dans un écrin de velours. Je coule. Lentement. Paisiblement. Mes cheveux flottent autour de mon visage comme une auréole d’encre.

Je ne cherche pas à remonter. Je ne cherche pas à respirer. Pourquoi le ferais-je ? L’air est pour ceux qui souffrent. L’air est pour ceux qui comptent les secondes en attendant la fin.

Ici, il n’y a plus de secondes. Il n’y a que le Tout.

J’ouvre les yeux.

La caverne, vue de dessous, est un ciel inversé. La surface de l’eau est un miroir qui ne reflète aucune étoile, seulement l’obscurité rassurante. Je vois la barque, petite tache verte, s’éloigner vers la rive. Je vois sa silhouette, haute et sombre, qui se tient à la proue.

Il ne se retourne pas.

Il part. Il me laisse ici, seule, au fond du monde.

Une autre femme, une femme vivante et stupide, aurait pleuré. Elle aurait pensé : Il m’a tuée. Il ne m’aimait pas. Je n’étais rien.

Mais je ne suis plus une femme. Je suis une Gardienne. Et je vois la vérité avec la clarté cristalline des abysses.

Il ne m’a pas répondu quand je lui ai dit que je l’aimais. Bien sûr qu’il ne l’a pas fait. Les mots sont des outils humains, grossiers, limités. Tom n’utilise pas les mots pour dire la vérité, il les utilise pour mentir.

Sa réponse n’était pas dans le silence. Elle était dans le geste.

Il m’a donné l’Avada Kedavra. Il m’a donné la mort propre, la mort royale, la mort des sorciers. Il ne m’a pas laissée pourrir dans un lit d’hôpital, le corps rongé par la nécrose, laide et pitoyable. Il m’a figée au sommet de ma beauté, au sommet de mon utilité.

Il m’a fait don de l’éternité qu’il convoite tant pour lui-même.

Il m’a confié ce qu’il a de plus précieux. Je le sens, là-haut, dans le bassin. Une part de son âme. Une part de lui qui battra pour toujours, protégée par l’eau, protégée par le noir, protégée par moi.

N’est-ce pas là la preuve d’amour la plus absolue ? Me lier à lui par-delà la chair, par-delà le temps ? Il a fait de moi son coffre-fort vivant. Je suis le sanctuaire de son immortalité.

Je me redresse. Je flotte entre deux eaux, en apesanteur.

Autour de moi, les ombres bougent. Les Inferi.

Ils s’approchent, sortant des crevasses, remontant des profondeurs insondables du lac. Ils sont des centaines. Des visages blêmes, des yeux laiteux, des corps usés par le temps et l’eau. Ils ont froid. Ils ont faim. Ils sont perdus.

Mais quand ils me voient, ils s’arrêtent.

Ils forment un cercle autour de moi. Ils s’inclinent.

Je ne suis pas comme eux. Je ne suis pas une marionnette vide animée par un sortilège de base. Je suis Vesper Nott. J’ai donné mon sang pour ouvrir la porte. J’ai donné mon corps pour consacrer l’autel. J’ai donné mon âme pour garder le trésor.

Je suis leur Reine.

Je tends la main. Un homme — ou ce qu’il en reste — s’approche et pose son front froid contre ma paume. Il ne tremble plus. Ma présence les apaise. Je suis le lien avec le Maître.

Je regarde vers la surface, vers cette lueur verte qui pulse doucement sur l’îlot.

La vie était une maladie. Une suite d’attentes déçues, de frissons et de fièvres. La vie était bruyante, sale et douloureuse. Je ne regrette rien. Je ne regrette pas le soleil, ni le vent, ni les rires de Walburga Black qui doit être en train de vieillir, là-haut, de s’enlaidir, de s’inquiéter pour des choses futiles.

Pauvre Walburga. Elle vivra peut-être cent ans, mais elle ne sera jamais qu’une passante.

Moi, je suis le monument.

Je ferme les yeux, me laissant bercer par le courant invisible. Jadis, je cherchais sa chaleur dans l’âtre d’une cheminée. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de chaleur. Je suis le froid.

Pars, mon amour, murmuré-je à travers l’eau, une pensée qui file comme une torpille vers la barque qui atteint la rive. Conquiers le monde. Brûle-le. Fais-les tous plier.

Je t’attendrai.

Peu importe le temps qu’il faudra. Dix ans. Cinquante ans. Un siècle. Le temps n’existe plus ici. Je vais veiller sur ton âme. Je vais tuer quiconque osera troubler la surface de notre lac. Je vais être la terreur dans le noir, la main qui saisit la cheville de l’imprudent, la voix qui n’a pas besoin d’air pour crier.

Je suis Vesper. Je suis le Soir qui est devenu la Nuit.

Et pour la première fois de mon existence… je suis en paix.

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