layout: chapitre type: chapitre numero: 1 titre: "La Famille Bender" permalink: "/c/famille-bender/1" histoire_link: "/c/famille-bender/"
– Kate ! John ! Le repas est servi, grince la mère, s’approchant à deux pas de la trappe grande ouverte qui mène à la cave.
Kate ne répond pas tout de suite. Elle avale bruyamment tout ce qu’elle vient de recevoir dans la bouche, puis embrasse simplement le gland en érection devant elle. La jeune femme jette un regard lubrique à l’être au corps noueux qui la regarde de haut avec fascination, tout en gloussant.
John remonte son pantalon et en rattache difficilement le bouton. C’est un grand personnage filiforme, au teint maladif, aux cheveux sombres et au regard inexpressif. Presque bovin. John a 25 ans et souffre d’un handicap mental important, qui le rend tantôt manipulable comme un enfant, tantôt imprévisible comme une bête.
Il tient cette violence sourde de son père, dont Kate observe la stature massive en remontant à la lumière du jour. Le tabouret de bois sur lequel il est assis souffre du poids de ce colosse au regard noir, froid et à la voix rauque. Sa méconnaissance de la langue anglaise fait qu’il parle peu, et cela lui va très bien. C’est un homme brutal, qui n’a pourtant jamais levé la main sur ses enfants ou sa femme. Il passe ses nerfs dans le jardin et dans les champs, inspirant le respect et la crainte dans le voisinage. On le surnomme affectueusement « Pa’ ».
Les assiettes sont servies sans manières par une femme rêche et soupe au lait, aux cheveux grisâtres et aux yeux piquants. « Ma’ » est la tenancière de l’auberge. Si elle ne brille pas par ses talents de cuisinière, elle a indéniablement réussi ses deux premiers veuvages, obtenant ainsi deux héritages bien utiles pour construire cette petite maison au bord d’une route marchande très fréquentée.
Kate avale rapidement sa soupe fade aux légumes bouillis et aux restes de viande de la veille, avant de sortir avec son frère dans la ville toute proche. Lorsqu’ils sortent ensemble, elle lui tient toujours la main, pas tant comme une sœur protectrice avec un frère simplet, mais comme une amante. Kate aime beaucoup se jouer des badauds en prétendant que ce grand benêt est son mari.
Car Kate est provocatrice, sulfureuse même. C’est la fierté de la famille. Cette grande brune d’une vingtaine d’années, au corps allongé et bien formé, attire sans mal de nombreux hommes dans sa toile. Bien mal en prend à ceux qui veulent profiter de ses charmes, dont elle joue sans vergogne, car Kate est incontestablement la tête pensante de la famille.
Un esprit brillant, machiavélique, qui a pleinement saisi en quoi consiste le rêve américain : de l’argent facile, pour peu que l’on ne manque pas d’audace. Si l’auberge marche plutôt bien, Kate apporte un pécule régulier et appréciable à sa famille en faisant tourner les tables.
Attraction phare de ce siècle, parfaite pour arnaquer les nigauds, Kate excelle à se mettre en scène et à user de psychologie pour faire « parler » les morts. Le spiritisme est sa « spécialité » et divertit souvent les voyageurs qui s’arrêtent pour la nuit.
D’ailleurs, ce soir-là, un marchand de fourrure s’arrête à l’auberge et c’est Kate qui vient l’accueillir. Tout sourire, minaudant dès qu’il a posé ses valises, elle déshabille du regard autant le corps musculeux que le sac visiblement bien garni du voyageur.
Le repas ne sera pas servi avant plusieurs heures, un temps précieux que Kate met à profit pour offrir une hospitalité toute particulière à son hôte. Elle ne peut résister à la tentation de caresser innocemment son torse bien dessiné sous son habit de voyage, penchant la tête sur le côté avec un regard enflammé. L’homme lui sourit avec confiance, sûr de son charme habituel sur les femmes.
Kate pose son index sur ses lèvres, ouvrant légèrement la bouche, tout en fermant le simple rideau blanc qui sépare la pièce d’habitation des Bender de la chambre improvisée des clients. Sans être gêné par la promiscuité des lieux, le voyageur agrippe la jeune femme par les hanches.
Elle se laisse faire, attendant de voir quelle fougue se cache dans cet amant, un de plus. Il la fait asseoir sur la paillasse. Elle répond à son appel en se mettant à genoux, passant outrageusement sa langue sur ses lèvres et les mordant avec une impatience faussement candide.
L’homme descend ce qui couvre ses jambes pour dévoiler un sexe plus petit que Kate ne l’espère, mais bien plus charnu que prévu. L’odeur de transpiration qui s’en dégage n’est pas plus agréable que celle de renfermé qui emplit la pièce humide et mal aérée. Peu importe : Kate n’en a que faire.
Elle passe doucement sa langue faussement innocente sur cette verge en érection. Si elle aime jouer avec le désir masculin, le voyageur ne lui en laisse pas le plaisir. Il saisit la chevelure de la jeune femme et entre son sexe sans vergogne dans sa bouche. Il s’infiltre aussi loin que possible, la prenant sans ménagement. Kate se laisse faire. C’est habituel : les hommes de la campagne sont tous des rustres sans cervelle. Quelque part, une partie d’elle aime cela.
Dans ces moments, elle n’a de pensées que pour le seul être innocent de ce monde. Son simplet de frère. Un mélange d’amour fraternel, d’instinct maternel et de perversion pathologique. Aucun ne la fait vibrer plus que lui.
L’homme profite de sa bouche puis, sans ménagement, la jette sur le lit à plat ventre, relevant ses fesses dès qu’elle regagne un peu de stabilité. Il soulève sa robe noire pour dévoiler jusqu’à la moitié de son dos et surtout ses fesses nues. Il heurte sa peau lunaire d’une fessée animale et irrespectueuse.
Il s’infiltre en elle d’un coup sec, lui arrachant un gémissement qui oscille entre le plaisir et la douleur, avant de commencer des ruades sans élégance. Kate saisit le drap pour contenir les assauts. Elle aime la brutalité, mais le fond de plaisir qui monte en elle n’atteint jamais un niveau d’intérêt satisfaisant.
Le voyageur se retire rapidement d’entre ses cuisses et lâche un râle de contentement. Kate sent l’éjaculation massive de l’invité éclabousser son dos et ses fesses, puis couler abondamment sur ses cuisses.
À peine rhabillé, il sort griller une cigarette, sans dire un mot ni la remercier d’un regard. Kate s’essuie avec le drap, amère et surtout déçue.
Elle ne regrettera rien, absolument rien. Oh non.
La nuit s’installe et la lumière lunaire aide les quelques bougies à désépaissir la pénombre dans laquelle la cuisine improvisée est plongée. L’invité est attablé devant la petite table de bois, les fesses vissées sur le tabouret inconfortable, dos au rideau blanc tiré sur toute sa longueur pour fermer la chambre du voyageur.
Pa’ est absent, comme toujours en ces débuts de repas. Ma’ termine de préparer du ragoût, qu’elle sert à l’hôte en quantité avec une fausse amabilité.
– Mangez, mangez ! Il vous faudra des forces pour demain ! dit-elle, toujours de cette voix malaisante.
Kate fait face au rouquin aussi malpoli que silencieux. Elle arbore un petit sourire étrange, vaguement complice, mais surtout joueur, presque provocateur. L’homme la fixe parfois, tantôt amusé, tantôt émoustillé.
– Il faudra que je me fasse encore cette femme demain avant de partir… murmure-t-il dans sa barbe, comme s’il parlait dans ses pensées.
La nourriture est infecte, mais peu importe. Il sourit à la jeune femme, un bout de gras coincé entre les dents. Kate fronce les sourcils. Il en fait de même, de moins en moins amusé par l’insolence de cette traînée de la campagne.
En mâchant le reste de sa viande, il imagine le pire qu’il pourra lui faire subir tôt le matin avant de s’éclipser. Kate continue à soutenir son regard, comme si elle lisait sans mal dans ses pensées.
Un craquement du plancher se fait entendre derrière le rideau blanc. Le voyageur n’y prête aucune attention, tandis que Ma’ s’attelle à préparer du café sans la moindre discrétion.
Kate dévoile alors toutes ses dents, déformant son visage charmant en un masque d’effroi. L’homme hésite à se lever, agacé par le manque de respect que lui affiche cette garce.
Il ne remarque pas que le rideau blanc s’ouvre déjà derrière lui, dévoilant dans le noir une imposante masse de muscles.
Soudain, la Lune illumine l’acier d’un marteau qui s’abat d’un coup sec sur le crâne du voyageur. Pa’ vient de frapper avec sa force hors du commun. Un bruit sourd d’os brisé résonne dans la pièce.
Le voyageur se laisse lentement tomber en avant. Une plainte gémissante sort de sa bouche, indiquant que, malgré la rudesse du coup, il est encore conscient, mais bien incapable de réagir.
Pa’ ne relève pas son marteau. Il n’en a pas besoin.
Kate se lève de son tabouret et, sans se presser, saisit le couteau à viande sur la table avant de se diriger vers l’invité. Elle lui empoigne les cheveux pour lui tordre la tête en arrière, puis presse l’acier contre sa peau et pratique une large entaille d’un geste maîtrisé.
Le sang se met à gicler abondamment sur la table, arrosant copieusement les assiettes.
John glousse en regardant sa sœur commencer à charcuter ce porc. Elle achève de l’humilier en plantant sans pitié sa lame entre ses jambes. Un dernier soupir souffreteux s’échappe des lèvres de l’agonisant, avant que Kate ne lui crache au visage, laissant enfin sa tête tomber comme si elle lui avait jusque-là refusé de mourir.
Puis un silence glacial s’installe dans la pièce. Kate ne dit pas un mot, souriant simplement comme si elle avait joui de son forfait. Son frère la regarde avec une expression indescriptible, mêlant admiration et désir, son érection visible de tous, tandis que leur mère se contente de hausser les épaules et de ranger une tasse avec une insensibilité déconcertante.
Pa’ regarde le cadavre sans dire un mot. Il le tire derrière le rideau par la cheville, puis le déshabille comme s’il dépeçait l’une de ses bêtes. Il pose le corps nu de sa victime sur son imposante épaule et ouvre du pied la trappe de la cave.
Un bruit sourd jaillit d’en bas tandis que la dépouille s’écrase après avoir dévalé l’escalier, telle une masse informe privée de toute dignité.
Pa’ vient simplement jeter le sac et la bourse de l’homme devant sa fille, toujours tremblante d’excitation, puis s’assoit devant son assiette souillée qu’il consomme dans un silence de mort. Il se laisse bercer par le bruit des pièces que sa fille dispose méticuleusement en petits tas sur la table.

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